Tour du monde en solitaire : l’interview de Jérémy du blog Roadcalls

Découvrez grâce à cette interview qui est Jérémy de Roadcalls, quelle est sa façon de voyager ainsi que ses anecdotes et ses coups de cœur provoqués lors de ce tour du monde en solitaire. Bonne lecture !

Jérémy, peux-tu nous dire qui tu es, et présenter ton blog ?

Salut Aurélie ! Alors je suis Jérémy, 27 ans et demi, anciennement journaliste reconverti blogueur tout terrain. Je raconte mes aventures de voyages sur Roadcalls. C’est un blog que j’ai créé au départ pour partager mes anecdotes avec mes proches restés en France, et qui s’est développé petit à petit autour d’une vraie communauté de voyageurs.

Jérémy (Roadcalls) en Espagne
Jérémy (Roadcalls) en Espagne

Pourquoi as-tu décidé de tout quitter et de partir sur la route pendant 3 ans ?

Pour comprendre comment j’en suis arrivé là, on va faire un flashback en 2010. A l’époque, je bossais comme journaliste dans une petite chaîne de télé locale dans ma région. J’avais peu de congés, un boulot qui me plaisait de moins en moins, un salaire misérable. Un jour, un pote m’a proposé de partir pour un week-end à Oslo. Moi qui ai toujours été attiré par les pays nordiques, c’était une super aubaine. Sur place, l’éclate : j’ai adoré la ville, le fait d’être à l’étranger, de ne pas comprendre la langue, d’être dans une culture à la fois si proche et si différente de la notre. J’ai eu le coup de foudre, et pas que pour les jolies norvégiennes, mais bien pour le voyage en lui-même.

Dès lors, j’ai commencé à voyager en Europe dès que j’en avais l’occasion. 3 jours de congés ? Hop, Londres. Le pont du 8 mai ? Hop, Barcelone. Et ainsi de suite.

Sauf que plus le temps passait, plus je voyageais, et plus les retours à la réalité étaient difficiles. J’étais devenu accro aux voyages : il me fallait partir toujours plus loin, toujours plus longtemps. Sauf que je ne voyais pas du tout comment faire ça avec mon job.

Alors en juin 2011, quand j’ai appris que la chaîne allait plier bagages et me remercier pour mes bons et loyaux services, j’ai sauté sur l’occasion. Dans la foulée, j’ai rendu mon appart’, acheté un billet de train pour Beauvais et grimpé dans le premier avion pour le Portugal. C’était le premier pays de mon périple, à l’automne 2011.

Comment as-tu préparé ton tour du monde ?

En fait, c’est ça qui est étrange, c’est que je n’ai rien préparé du tout. Je ne suis pas du genre à me prendre la tête, mais là j’aurais quand même dû réfléchir avant d’agir. Je suis parti avec pour seul projet de gagner ma vie sur la route, sans me préoccuper de devoir rendre des comptes à un patron, ni avoir des horaires fixes. Donc j’ai commencé à bosser comme rédacteur freelance sur diverses plateformes, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas viable : je me trouvais en concurrence avec des rédacteurs de Madagascar ou du Maghreb, qui facturait 100 fois moins cher que moi. Je ne suis pas un grand matérialiste et je n’ai pas besoin de grand chose pour être heureux, mais là, 2€ pour un article, je n’avais jamais vu ça. Donc finalement j’ai changé mon fusil d’épaule et je me suis lancé comme attaché de presse indépendant, ce qui me permettait de capitaliser sur mon expérience de journaliste, de rester dans le domaine des médias que je connais bien, et d’avoir la possibilité de facturer plus cher que des articles payés au ras des pâquerettes.

Voila pour l’aspect financier. Pour le reste, je suis quelqu’un qui déteste planifier. Je tiens à ma liberté, c’est probablement ce qui m’est le plus cher. Donc ça ne m’est même pas venu à l’esprit de prendre un billet tour du monde, avec des dates de transport plus ou moins figées.

Je suis mes envies quasiment au jour le jour. Quand je suis dans un endroit qui me plaît, j’y reste. Dès que cet endroit commence à perdre de sa magie, je fais mon sac et je pars ailleurs. C’est aussi simple que ça. C’est comme ça, d’ailleurs, que je me suis retrouvé à passer 3 mois dans la belle ville de Göteborg, pour laquelle j’ai eu un véritable coup de cœur, en 2012.

Donc au final, je n’ai vraiment pas le sentiment d’avoir préparé quoi que ce soit : tout se fait de manière fluide, naturelle. J’écoute mon cœur, mes envies, et tout coule de source.

D’ailleurs, je ne considère pas avoir fait un ‘tour du monde’, puisque je n’ai pas mis les pieds en Amérique du Sud ou en Afrique. Ni même en Océanie. Mon truc, ce sont les pays du nord, les pays froids 🙂

Jérémy (Roadcalls) à Time Square à New York
Jérémy (Roadcalls) à Time Square à New York

Selon toi, quels sont les avantages et les inconvénients de voyager en solitaire ?

L’énorme avantage, c’est la liberté immense que cela procure. Tu n’as pas besoin de ‘dealer’ avec tes compagnons de voyage pour rester plus longtemps que prévu dans un endroit qui te plait, ou zapper telle ou telle visite parce que ça ne t’inspire pas. Je me rappelle un truc tout bête, un jour où j’ai passé la journée assis devant la Torre de Belem, à Lisbonne. Il faisait beau et chaud, je rêvassais devant ce monument magnifique, face au Tage qui emmenait les caravelles à la découverte du monde. C’est un des moments où j’ai le plus apprécié le fait de voyager en solitaire.

C’est aussi un super moyen pour rencontrer du monde. D’autres backpackers, ou des locaux. Car ils sont moins intimidés par un voyageur seul que par une bande de potes, ou même par un couple qui, par essence, se suffit à lui-même. Je dis souvent que voyager seul c’est le meilleur moyen de ne pas le rester très longtemps, et je pense que chaque lecteur qui aura tenté l’expérience sera d’accord avec moi sur ce point.

L’inconvénient, c’est que, parfois, quand tu te retrouves loin de ton pays, dans une ville qui ne te plait pas plus que ça, et que t’as un gros coup de blues, tu n’as personne pour te remonter le moral. Ou, quand tu visites un endroit génial, que tu vis une expérience de fou, t’aimerais avoir ton meilleur pote à tes côtés pour pouvoir en reparler dans 10 ans et te dire « ah ouais c’était fou ce truc ! ».

Je ne pense pas qu’il y ait une vérité sur le voyage. Certains préféreront le voyage en solo parce que ça correspond davantage à leur mentalité (c’est mon cas, je suis très indépendant et je ne suis pas forcément très doué pour les compromis), d’autres préféreront voyager à plusieurs pour des raisons qui leur sont propres. Chacun son truc, l’important c’est de s’éclater lors de son voyage.

Pour mon cas, je pense qu’il y a aussi une forme de quête intérieure, d’envie de repousser mes limites, à travers tous mes voyages.

Quel est ton meilleur et ton pire souvenir en voyage ?

Des bons souvenirs, j’en ai des tonnes, ça va être dur d’en choisir un. Je vais te donner une situation toute simple, mais qui reste vraiment parmi le top du top car elle représente exactement ma vision du voyage. J’étais parti avec un ami québecois explorer l’archipel de Göteborg. On a grimpé au sommet d’une petite île. On avait emmené des bières et de quoi grignoter, et on a passé la journée à refaire le monde dans un cadre magnifique, sous le ciel bleu, avec des milliers de petites îles autour de nous. Du beau temps, des discussions passionnantes et un paysage à couper le souffle : que demander de plus !

Jérémy (Roadcalls) à Göteborg en Suède
Jérémy (Roadcalls) à Göteborg en Suède

Sinon, un des trucs les plus épatants que j’ai vu, c’est le lever du soleil sur l’Himalaya. Je m’étais levé à 4h du matin pour choper un taxi qui me déposerait au pied d’une petite ascension. J’ai grimpé dans un chemin de terre, à la lueur de mon portable, pendant une demi-heure pour atteindre une sorte de plateforme où quelques rares touristes attendaient déjà. Le soleil s’est levé pour illuminer les Annapurna d’une lumière rose orangée absolument sublime. C’était magique.

Le pire, c’est la rencontre d’un mec chelou en Malaisie, sur un petit sentier de randonnée au milieu de la forêt, dans les Cameron Highlands. Au début il a été très sympa, à me parler de son pays, à poser des questions à propos du mien, comme le font la plupart des gens que je rencontre en voyage. Puis petit à petit, il devenait trop collant. J’ai eu droit à des mains baladeuses et des propositions équivoques. J’avais beau le repousser, le bonhomme était très insistant. Je n’ai pas voulu réagir trop brusquement pour ne pas l’énerver et provoquer chez lui une réaction violente. Je me sentais sur le fil du rasoir, entre l’empêcher de s’approcher de moi tout en restant d’apparence cordiale pour éviter qu’il ne pète un plomb. Finalement j’ai réussi à lui faire entendre raison et il m’a lâché la grappe. Je m’en suis tiré avec une belle frayeur : j’ai vraiment cru que j’allais me faire agresser, violer et tout le toutim.

Après ce genre d’expérience, je comprends mieux ce que peuvent ressentir les filles avec les dragueurs relou en soirée.

Jérémy (Roadcalls) en Malaisie
Jérémy (Roadcalls) en Malaisie

Pour ton prochain voyage, si tu ne pouvais n’emporter que 3 objets/accessoires dans ton sac à dos, ce serait lesquels ?

C’est marrant que tu me poses cette question parce que je voyage toujours très léger, et à chaque trip j’essaie de me séparer d’un objet supplémentaire, afin d’avoir avec moi que le strict minimum. Lors de mon dernier passage en Asie, mon sac à dos pesait tout juste 8 kilos, ordinateur inclus.

Si je devais emmener que 3 objets dans mon sac à dos, je dirais :
– mon lecteur mp3 accompagné de sa mini-enceinte portative. En tant que grand passionné de musique, je ne pourrais pas m’en passer.
– ma liseuse, qu’on vient de m’offrir à Noël et qui va enfin me réconcilier avec la lecture en voyage (parce qu’emmener un bouquin, c’est hors de question : trop lourd, et trop de risque de l’abîmer / l’oublier).
– et mon ordinateur bien sûr, pour bosser.

As-tu eu un coup de cœur pour une destination en particulier ?

Yes, pour la Suède, et en particulier pour Göteborg. Au point que j’y suis resté 3 mois consécutifs et que j’y ai loué un appart’, quand j’y suis passé en 2012. J’ai adoré l’ambiance de la ville, le contact avec les locaux, la beauté des paysages alentours. C’est une ville particulière parce qu’elle n’est pas spécialement jolie. Mais il y a toujours quelque chose à y faire. Tu rentres dans un café, y’a des gars qui vont prendre une guitare et improviser un petit concert. Les gens viennent te parler spontanément. Bref, c’est assez difficile à décrire mais j’ai eu un gros coup de cœur pour cette ville, et j’encourage tous ceux qui aimeraient découvrir la Scandinavie à venir faire un tour à Göteborg.

Quelle sera ta prochaine destination ?

Ça sera Göteborg justement. J’y suis retourné en novembre dernier pour une petite semaine, afin de faire découvrir la ville à une amie. J’appréhendais pas mal d’y retourner car je me disais qu’aucun des séjours que je pourrais y faire ne serait à la hauteur de ce que j’y avais vécu en 2012. Mais je me trompais. La ville est toujours aussi rayonnante, j’ai passé un séjour fantastique, et surtout j’ai compris que c’est là que je me sens chez moi. Donc en février j’y retourne !

As-tu des projets spécifiques pour le futur ?

Je vais me calmer un peu sur le voyage sac à dos. Même si c’est un mode de vie fantastique, c’est aussi très fatigant. Je n’ai plus de chez-moi depuis 3 ans. Ça veut dire que je ne peux pas recevoir d’amis, que je n’ai pas de point de repère fixe, et mine de rien, à la longue, c’est difficile. Je sens que je suis à une étape clé de ma vie et j’ai vraiment envie de me poser un petit moment. En Suède, je vais donc me prendre un appart’. Pour combien de temps ? Je ne sais pas. Peut-être deux-trois mois, peut-être plus. A voir, car il est fort possible que je sois pris de bougeotte rapidement. Mais pour le moment, mon envie principale, c’est d’avoir mon chez-moi dans une ville chouette. D’ailleurs si ça intéresse tes lecteurs, je les invite à lire le bilan de mes 3 ans de voyage, ici.

Jérémy (Roadcalls) en Thailande
Jérémy (Roadcalls) en Thailande

Tu as écrit un livre, de quoi parle t’il ?

Le livre s’appelle ‘Offrez vous une vie de voyages : 31 techniques pour gagner sa vie sur la route et voyager à plein temps’. Il s’adresse à tous ceux qui en ont marre de perdre leur temps dans un bureau, qui s’emmerdent avec un patron chiant, des collègues barbants, et un boulot dans lequel ils ne s’épanouissent plus. Et surtout à tous ceux qui rêvent d’acheter un aller simple pour n’importe où sur cette planète, et de se balader aussi longtemps qu’ils en auront envie, sans devoir se soucier de poser des congés ou retourner au boulot lundi matin.

L’idée, c’est de montrer que ce mode de vie est possible, et qu’il est même relativement facile à mettre en place pourvu que l’on fasse preuve d’originalité et de détermination. Par exemple, j’ai rencontré un gars qui est tombé amoureux de Madagascar. Pour pouvoir y aller aussi souvent qu’il le souhaite, il a monté une activité de vente à distance d’objets d’artisanat local. En gros, il fait produire des objets dans un village, qu’il revend ensuite par internet à ses clients en France. C’est tout simple, ça marche et c’est à la portée de n’importe qui. J’explique tout ça en détails dans le livre. Il y a des tas d’idées à prendre : on peut aussi monter une activité dématérialisée comme je l’ai fait (on peut faire par exemple de la traduction, de la rédaction free-lance, du design, du secrétariat à distance, etc).

Bref, ce que j’ai fait, c’est tout simple : dès que je rencontrais quelqu’un qui voyageait à plein temps, en gagnant sa vie PENDANT son trip (et pas grâce à de l’argent mis de côté, ou à papa-maman qui financent), je lui posais plein de questions pour qu’il m’explique sa stratégie. J’ai tout consigné par écrit, et je le mets aujourd’hui à disposition de ceux qui veulent y puiser des idées pour se lancer à leur tour.

Pour une présentation complète du livre (ou pour le télécharger), rendez-vous ici : http://roadcalls.fr/offrez-vous-une-vie-de-voyages/

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